LA METHODE F.M.ALEXANDER
*Patricia Boulay enseigne la méthode Alexander depuis 15 ans. Elle anime de nombreux stages d’application de la méthode Alexander pour les instrumentistes et les chanteurs.
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L'APPLICATION DE LA METHODE ALEXANDER
AUX INSTRUMENTS A CORDES
par Patricia BOULAY
et Agnès VESTERMAN
article publié dans l'ESTA
FONDEMENTS DE LA METHODE
Alexander mit en évidence que des mouvements et des attitudes inadaptés affectent le bon fonctionnement de l’organisme. Nous avons développé à notre insu des habitudes néfastes de nous tenir, de nous mouvoir : le cou tendu, les épaules contractés, le dos affaissé ou cambré, etc ...
Il découvrit que le contrôle primaire - c’est-à-dire la relation juste et dynamique entre la tête, le cou et le dos - est primordial au bon fonctionnement de l’organisme en général.
Quand le contrôle primaire est tout à fait opérationnel, la tête est délicatement maintenue en équilibre sur le sommet de la colonne vertébrale et permet au dos de retrouver toute sa longueur et sa largeur.
Pour Alexander, la cause principale de nos problèmes est notre tendance à nous fixer sur le but au lieu d’être attentif aux moyens de réaliser ce but. Les efforts engendrés par cette attitude volontaire créent beaucoup de crispations, de fatigue, de stress, ainsi que des problèmes musculaires et tendineux.
Prenons l’exemple du déchiffrage:
l’attention se fixe sur la partition entraînant une chaîne de réactions : la tête part vers l’avant, les épaules remontent, la respiration se bloque...
Tout en jouant, la mémoire corporelle va inconsciemment enregistrer les tensions mises en place et les restituera chaque fois que ce morceau sera joué. Les difficultés rencontrées seront identifiés comme inhérentes au morceau.
Si le musicien avait été plus présent à lui-même ( en contact avec les moyens), ses tensions inutiles ne seraient pas apparues et le morceau ne lui aurait pas présenté les mêmes difficultés.
Ce qu’Alexander appelle les « moyens » englobe les concepts de sensations fausses, inhibition, direction, laisser-faire, nécessiterait un long développement, ce qui n’est pas le propos de cet article.
Vous connaissez la formule : il y a des jours avec et des jours sans…
Devant les échéances des concerts, des concours et des exigences du monde de la performance, on ne peut plus être à la merci des caprices de la “ forme ”.
En concert, le musicien aspire à donner le meilleur de lui-même, et se trouve souvent confronté à une perte de ses moyens. Le musicien est, bien entendu, très soucieux du résultat sonore, et il est prêt à beaucoup de sacrifices pour arriver à ses fins. Combien d'heures de travail à répéter inlassablement les mêmes passages et souvent accompagnées de douleurs et de tensions! Bien sûr, il y a de nombreuses façons d'arriver au but mais il est cependant possible de faciliter et de simplifier les choses en changeant notre manière d'envisager la situation de jeu.
« Rester dans ses moyens » est une des préoccupations essentielles de F.M.Alexander.
Dans un premier temps, il faut comprendre les moyens mis en place pour accomplir le geste musical, puis, au moment de jouer, rester présent à ce geste et l’accompagner dans sa réalisation sonore. Par geste musical, j’entends le mouvement corporel pour que le tirer, le pousser, les démanchés,etc... se fassent.
Ce n’est pas toujours parce que son bras est trop court, sa main trop petite, son instrument mal réglé, qu’il n’a pas assez travaillé, qu’il n’est pas assez doué,etc... que le musicien éprouve des difficultés en jouant. C’est bien en lui que se trouve la réponse à ces obstacles, et les changements dépendront de sa façon d’aborder les problèmes. La démarche est au départ est différente. La notion d’effort est transformée: il ne s’agit pas de travailler pendant des heures( ce qui peut d’ailleurs être nocif si l’on renforce ses tensions) mais de trouver le geste juste d’abord.
Pour les démanchés, par exemple,le désir d’atteindre la bonne note est tel que le musicien ne se préoccupe pas assez du geste corporel global pour accomplir le démanché tranquillement et se précipite vers la note. Pourtant, en revenant à ses sensations internes justes, en pensant le geste clairement,(,soutien du dos, tout le bras léger, détente de la main ) et en laissant alors le geste se faire, le but sera toujours atteint.
Une des idées de base d’Alexander est la globalité corporelle : chaque geste musical engage tout le corps.
En général, l’attention du musicien se focalise trop sur les extrémités ( doigts, mains ) et peu sur le reste du corps. Les doigts « font » les notes, on les voit bouger devant soi, ils sont en contact avec l’archet et l’instrument.
La méthode Alexander nous fait prendre conscience de l’unité corporelle et de la connexion entre le buste et les bras, dont l’utilisation est cruciale pour nous autres instrumentistes à cordes. Les bras trouvent leur soutien dans le dos , ils sont reliés au dos par plusieurs types de muscles et il est très important de sentir cette relation. De cette manière, les mains et les doigts retrouvent leur souplesse naturelle et on peut avoir accès à la finesse des informations musculaires et nerveuses du bout des doigts.
On pense souvent le tirer de la façon suivante: ouverture du bras juqu’au milieu de l’archet puis ouverture de l’avant-bras pour aller à la pointe. Cette description n’a rien de néfaste si l’élève à un bon soutien du dos.
Cependant, si ce n’est pas le cas, il aura tendance à bloquer le haut du bras à partir du milieu de l’archet. Cela entraînera une tension de l’épaule, de l’avant-bras et du coude et une perte du contact avec les muscles dorsaux. Il lui sera difficile d’avoir le contrôle à la pointe et le pousser en sera tributaire.
Dans les cours de méthode Alexander, on l’aidera à développer le soutien du dos et l’ouverture du bras se fera peu à peu sans effort.
Les petits coups d’archets du type spiccato, sautillé, détaché, sont un autre exemple:
on travaille beaucoup la souplesse du poignet ou des doigts sans se préoccuper suffisamment de la détente et de la tonicité globale du bras et de son soutien dans le dos. Et pourtant, quand le bras est soutenu par le dos, il devient plus léger et l’avant-bras, le coude, le poignet et les doigts peuvent jouer leur rôle librement.
Après quelques cours de méthode Alexander, le musicien retrouve peu à peu cette globalité. Son axe et sa verticalité, le fonctionnement de ses membres (bras-jambes) devient fluide et libre.
De nombreux exercices sur l’instrument, développés pendant les stages, permettent de trouver la connexion entre le dos et les bras.
Pour les démanchés, le désir d’atteindre la bonne note est tel que le musicien ne se préoccupe pas assez du geste corporel global pour accomplir le démanché tranquillement et se précipite vers la note. Pourtant, en revenant à ses sensations internes justes, en pensant le geste clairement,(soutien du dos, tout le bras léger, détente de la main) et en laissant alors le geste se faire, le but sera toujours atteint.
La notion d’effort est transformée: il ne s’agit pas de travailler pendant des heures ( ce qui peut d’ailleurs être nocif si l’on travaille en tension et en force) mais de trouver tout d’abord le geste corporel juste.
Une autre notion importante de la méthode Alexander est la direction ou la pensée vers le haut.
Nous connaissons tous la tendance à nous affaisser : la poitrine se creuse, nous mettons trop de poids dans les hanches, la tête et les bras sont lourds...cela aura des conséquences directes sur le jeu.
En effet, le déploiement naturel de l’archet est gêné par cette tendance à aller « vers le bas ». Les épaules sans le soutien du buste, s’enroulent en avant et empêchent l’ouverture de tout le bras dans le tirer ( il est parfois difficile de jouer à la pointe).
Lorsque l’on nous parle de détente, nous faisons souvent la confusion avec
l’ affaissement et nous accentuons encore cette tendance à la lourdeur.
La pensée vers le haut,( avec pour guide les mains du professeur de méthode Alexander au départ) permet à la colonne vertébrale d’avoir son rôle de soutien dynamique.
Les muscles profonds se réveillent et permettent aux muscles superficiels de se détendre. On retrouve alors une légèreté et un tonus, le jeu devient plus léger, plus vivant. Un juste équilibre s’installe entre détente et tonicité.
Le même type de problèmes se présentent avec le bras gauche. L’appui des doigts sur la corde est source de confusion. On appuie vers le bas, en serrant le pouce et en bloquant le haut du bras. Cependant, si l’on considère le bras comme un levier que l’on lève donc pour utiliser sa force, le geste est transformé. On ira chercher la force par « en-dessous », c’est-à-dire sous le bras et dans le dos et on libérera ainsi les tensions de la main. Les problèmes de dextérité, justesse et démanchés s’en trouvent simplifiés et il ne sera pas nécessaire de les répéter pendant des heures.
Pour les violonistes et les altistes, la tenue de leur instrument sera plus facile si cette dynamique est respectée. On voit souvent des compensations apparaître pour tenir l’instrument en place : épaule trop levée, tête trop baissée, trop penchée sur le côté, menton serré. Un contrôle primaire en place soulage toutes ces tensions.
La notion de porter l’instrument « par en-dessous » avec l’aide du dos amène un soutien dans le bras qui libère les mouvements sur le manche.
La respiration est également altérée par les tensions du haut du corps ; lorsque ces tensions disparaissent, la respiration redevient naturelle et le son s’en trouve immédiatement transformé.
Les répercussions sur le son, le rythme, le phrasé, la précision, etc... sont étonnantes. Les élèves sont surpris de voir un changement très rapide dans le son et le jeu en général.
La manière de travailler évolue, on se fatigue moins, l’apprentissage est beaucoup plus rapide.
Le musicien retrouve alors un bien-être sur l’instrument qui lui permet d’exprimer sa musicalité librement.
ROLE DU PROFESSEUR
Ici, il n'y a pas de patient, pas de soin. On vient pour apprendre, pour identifier et éliminer la cause de ses problèmes. La méthode Alexander nous donne les moyens
de changer, c'est à nous de l'intégrer peu à peu à notre quotidien avec l'aide des leçons. Ce travail a rempli son rôle quand la personne peut l'appliquer seule.
Dans une leçon, le professeur fait prendre conscience à l'élève de sa manière de s'utiliser, de ses tensions et compensations et des attitudes mentales qui y sont liées. Pour les musiciens, l'application avec l'instrument pendant le cours permet d'identifier les tensions et de les résoudre en situation de jeu. Les artistes peuvent donc en profiter à plusieurs titres:
- elle améliore le bien-être général de la personne (détente, souplesse, tranquilité )
- elle a un effet thérapeutique ( douleurs diverses )
- elle a un effet direct sur la qualité de la technique et du jeu en général (son, rythme, phrasé...)
- elle facilite l'apprentisage ( déchiffrage, mémorisation
- elle a une application pédagogique : elle aide le professeur à mieux identifier les causes des problèmes de ses élèves
Elle est aussi un formidable outil de développement personnel car elle nous met à “ l’écoute de soi ”
Après quelques cours de méthode Alexander, le musicien retrouve peu à peu sa globalité corporelle. Son axe et sa verticalité se mettent en place et le fonctionnement de ses membres (bras-jambes) devient fluide et libre.
De nombreux exercices sur l’instrument, développés pendant nos stages, permettent de trouver la connexion entre le dos et les bras; l'approche directe sur l'instrument pendant le cours de méthode Alexander aide le musicien à intégrer ces notions plus rapidement.